grimporama.com

Interview Francis Hélias par Fred Gabiot

 

Accueil

Interviews

Blocs de Cauterets
Hautes Pyrénées
(collection Francis Hélias)

.

 
- Nom : Hélias
- Prénom : Francis
- Date de naissance : 06 septembre 1969
- Taille : 1.69 m
- Poids : entre 57 et 65 kg
- Métier :  Kinésithérapeute
- Sponsors : Aucun
- Chaussons utilisés : Anasazi velcro de chez Five Ten

Francis dans "El Paso", (Photo Tato)

.

- Depuis combien de temps grimpes-tu ?
  Je grimpe depuis une vingtaine d’année.

- Qu'est ce qui fait pour toi de l'escalade un sport à part ?
  L’escalade est beaucoup plus qu’un simple sport car il possède une dimension qui n’existe pas
  dans un sport conventionné, fédéré, il peut se pratiquer en pleine nature et en totale liberté
  sans contrainte. Et en pratiquant le "free bouldering" tu ressens forcément autre chose.

- Fais-tu des compets et qu'est-ce que cela t'apporte ?
  J’ai fait 4 années de compétition .C’était plutôt rigolo de participer au Top Rock Challenge, on
  avait l’impression d’être les pionniers des compétitions internationales de blocs .On se marrait
  bien avec des gars comme Christian Roumégoux , Didier Gérardin , Daniel Dulac et bien sûr
  avec l’inévitable Jacky Godoffe. Puis j’ai eu la chance de participer au premier open de coupe
  du monde à Grenoble en 99. A l’époque c’était François Petit le maître absolu, suivi de prêt par
  Salavat Rakhmetov. Même si le système fédéral international a toujours glorifié, à juste titre,
  François, je ne peux que saluer l’extraordinaire performance des russes qui traversaient
  l’europe en stop pour venir aux compétitions. Quelle leçon de motivation…
  Globalement j’ai toujours été nul au regard de mes classements. Ma meilleure perf sans doute
  était celle de Crans Montana en suisse ou j’ai fini 35, mais comme je n’ai jamais pratiqué
  l’escalade à vue, sauf les jours de compétition, j’ai quelques circonstances atténuantes.
  A part ça, la compet m’a permis de réfléchir beaucoup sur l’entraînement et l’optimisation de la
  performance. Après réflexion, j’ai compris où se situait mon blocage. Etre champion du monde
  "du sous maximal" avec juste des 7C à vue me paraissait inconcevable, en fait il me fallait autre
  chose pour pouvoir me réaliser totalement. Imagine que l’on détrône Serguei Bubka pour un
  type qui sauterait 4m à la perche mais en rajoutant la complexité informationnelle de l’escalade,
  genre il ne connaît pas d’avance la longueur de la piste, sa pente, sa courbe ou d’autres
  paramètres comme la flexibilité de sa perche, ça ferait sourire. Et bien c’est exactement ce qui
  se passe en escalade de compétition, sans que personne s’en étonne ???
  C’est dans la symbolique des blocs et des traversées extrêmes que je me suis dirigé ensuite.
  Je pense également que l’escalade ne rentrera pas dans la grande famille olympique,
  uniquement parce qu’elle est basé sur ce principe d’incertitude informationnelle, si chère à ses
  représentants fédéraux. Quand tu analyses l’ensemble des sports olympiques tu t’aperçois que
  c’est la première chose à bannir.

- Combien de fois grimpes-tu par semaine ?
  Je grimpe maximun cinq  fois par semaine pendant deux semaines suivi d’une semaine à trois
  fois par semaine pour me reposer ; pendant les 3 mois d’entraînement intensif, puis 4 fois par
  semaine pendant le reste de l’année.

- Suis-tu un programme d'entraînement spécifique ?
  Je me fais des programmes d’entraînement très précis pendant les trois mois intensifs avec
  une progression en musculation et en blocs /trav de 7a à 8a pour les séries et de 7c à 8c pour
  les perfs, puis uniquement des perfs le reste du temps.
  Parallèlement je fais un régime pour descendre à 57 kg.

- Comment s'organise généralement une semaine de grimpe pour toi ?
  La semaine type de grimpe se compose :
  les lundi mercredi et vendredi par soit des footings soit des étirements soit de la préparation
  mentale, les mardi jeudi samedi dimanche par de l’escalade.

- Pratiques-tu d'autres sports ?
  Je ne pratique aucun autre sport (tout mon temps y passe déjà).

- Quelle type de grimpe préfères-tu et pourquoi ?
  Je préfère l’escalade athlétique que ce soit en force ou en conti, car dans les passages
  verticaux à petites prises tu ne force pas il faut juste te placer, c’est nul. Et puis je suis prof de
  musculation également donc j’ai toujours aimé forcer. Plus c’est bourrin mieux c’est.
  La musculation a toujours été pour moi la clé de ma progression.

- Y-a t'il un plaisir différent à ouvrir ou à répéter un bloc ?
  Le plaisir est totalement différent. Quand tu ouvres, tu te fais plaisir à toi, tu trouves une ligne
  qui te fais flipper complètement, genre tu vois la ligne tu te dis dans ta tête : "je ne peux pas ne
  pas faire ça, c’est trop beau". Pour moi le trip total, c’est d’ouvrir un 7a trav à bac. C’est là que
  le plaisir est le plus grand. Tu ressens une intense émotion et une sensation de maîtrise unique.
  C’est vivre l’instant présent dans toute sa magie. Quand tu répètes un bloc tu penses forcément
  à l’ouvreur et inconsciemment tu te compares à lui, c’est carrément autre chose.

- Comment t'organises-tu quand tu travailles spécifiquement un bloc dur ?
  Tout dépend si tu as besoin d’un mois ou d’un an. Ex : pour répéter l’aller retour des "Yeux plus
  gros que le ventre" 8b+ trav, j’ai travaillé uniquement dans la trav à essayer les mouvements
  puis les sections, puis l’enchainement (en tout 45 jours) avec 4 séances par semaine.
  J’avais attendu ma période de rési pour pouvoir la caser, toute mon année était tournée vers
  l’objectif majeur de "Amazonia" 8c+ trav. donc là c’est autre chose.
  3 mois de volume à faire des aller retour interminables dans des 7a trav jusqu’à 5 à 7 fois la
  trav, plus beaucoup de muscu, plus quelques blocs durs.
  3 mois de force en faisant des séries dans des 8a bloc : trav
  2 mois de rési dans des 8b/8b+ trav
  2 mois de conti à taper des essais et à faire des rappels de force spécifique dans le projet.

- Est-ce difficile de côter et pourquoi ?
  Côter est facile si pendant une période donné tu ne grimpes que dans une cotation.
  Si tu fais trois 7a à chaque séance, tu as une idée précise de à quoi ça peut correspondre.
  Par contre c’est très difficile si tu grimpes depuis trois mois dans du 8a/8b et que tu dois côter
  un 6c, car à ce moment là tu ne fais plus la différence entre un 6c un 7a et un 7b.
  En ce qui concerne les problèmes morpho, il y a des ouvreurs qui n'y pense même pas et puis
  il y en a d’autres comme moi qui réfléchissent systématiquement à ce que pourrais penser un
  grand (je vous rappelle que la moyenne nationale de la taille des grimpeurs est de 1.71 m et
  que l’envergure est de 1.78 m).
  Personnellement, ma taille est de 1.69 m et j'ai 1.72 m d’envergure. Un grand qui n’arrive pas à
  passer dans un bloc de petit, a une solution; comme il atteint toutes les prises il suffit qu’il
  fasse de la muscu pour forcer un peu plus. Un petit qui ne passe pas dans un bloc de grand
  n’a pas de solution, il ne peut pas grandir. Le problème n’est pas du tout le même. En réalité
  les grands non jamais de problèmes de morpho, il n’ont pas assez de force c’est tout. 9 blocs
  sur 10 sont morpho en éloignement de prises et 1 sur 10 sont morpho en taille de prises dans
  lesquels les trous ou les fissures sont trop petits pour que les grands rentrent leurs doigts.
  Si tu essaies un bloc à J.P.Bouvier tu peux tester ta force, si tu essaies un bloc de grand (pas
  de nom) de toute manière tu n’atteindras pas les prises. La caricature de ça, c’est de prendre
  un géant de 2.50 m en basket qui n’a jamais grimpé, devant un mur lisse de 4 à 5 m de haut
  avec juste un réta en 4+; le type peut proposer un 9a bloc, de toute manière on ne trouvera
  personne capable de le répéter. Je pense que la solution passe par une cotation différente pour
  les deux catégories grands et petits, en tenant compte de la taille ou de l’envergure ou de la
  circonférence des doigts (comme dans "Hale bopp" où les 1.80 passent en 7c+, les 1.75 en
  8a, les 1.70 en 8a+ et les autres passent pas du tout).

- Fais-tu de la falaise et quels sont tes sites préférés ?
  Jamais , pour moi c’est carrément un autre sport.

- Eprouves-tu des problèmes à transférer tes qualités en falaise et pourquoi ?
  Le transfert des qualités de force et de conti est un vrai case tête.
  Je pense qu’en début d’année il faut faire un choix, la force la conti ou le mixte. Si ton niveau
  max est 8b bloc et 8c trav, en faisant une année mixte tu risques de faire du 8a bloc et du 8b
  trav.

- T'es-tu souvent blessé ?
  Je me blesse relativement peu, par rapport à la quantité d’entraînement que j’avale ; une fois
  par an j’ai toujours un petit quelque chose. Je gère ça très bien (glace, électrothérapie
  antalgique, gel anti-inflammatoire, analyse des erreurs pathogènes), puis je grimpe avec un
  strapping ; je ne m’arrête jamais.

- Quels types de blessures as-tu le plus souvent ?
  J’ai eu une contracture au cervicales et deux aux biceps par manque d’échauffement.
  J’ai eu des tendinites au coudes par muscu trop intensive.
  J’ai eu trois à quatre ténosynovites au doigts par erreur technique.
  J’ai eu deux élongations musculaires par manque d’échauffement et effort trop violent.
  J’ai eu un problème au ménisque à cause d’une lolotte.
  Tout ça sur une dizaine d’année.

- Qu'est-ce qui te motives plus que tout en escalade ?
  Je recherche plutôt l’extrême et le dépassement de mes limites.

- Cite des blocs qui t'ont le plus marqué :
  C’est "Fatman". Pour moi, c’est le top des top. C’est très athlétique et très mécanique en
  même temps, quelque chose entre la réincarnation de la perfection et la sublimation de
  l’excellence.

- Un mot pour finir ?
  “En tout enfant, il y a un Mozart assassiné", je pense que si on s’en donne les moyens, tout le
  monde peut réaliser des choses hallucinantes en escalade. Mais le processus est long (8 à 10
  ans selon les experts) et la récompense est en haut d’un long escalier dont il faut, avant tout,
  oser franchir la première marche.


© Copyright Grimporama.com